August 12, 2018 by Mike Le Monteur
Droit à l'image : peut-on filmer dans la rue ?
Une question au sujet du droit à l’image en France pour les amis juristes et pour mes collègues réalisateurs et photographes : A-t-on le droit filmer dans la rue ?
Je vous raconte ce que j’ai vécu aujourd’hui.
Dimanche 12 Août, 13h, Paris (entre le Musée des arts et métiers et la Porte Saint Martin)
En prévision d’un tournage, je suis en train de tester deux optiques grand-angulaires sur un stabilisateur Glidecam, j’essaye de trouver les réglages le plus efficaces et je me ballade à droit et à gauche en filmant, avec le rig qui pèse une tonne et qui me défonce l’épaule.
Soudain, une dame arrive de l’autre bout de la rue.
« Tu veux que je te prenne en photo ? Me demande en souriant.
— Pardon ?
— Est-ce que tu veux que je te prenne en photo ? T’as aimé la scène ? Tu t’amuses à filmer des gens qui transportent le linge ? » Avec un ton accusateur.
« Madame, je suis désolé mais je ne vois pas ce que vous dites.
— Je n’ai pas envie d’être filmée, tu n’as pas le droit de descendre dans la rue et filmer les gens au hasard ! » Je regarde rapidement mes plans, à la recherche de la dame et de la scène qu’elle vient de citer, mais je n’ai rien sauf quelque plan large raté.
La dame insiste et devient de plus en plus agressive, un jeune homme s’approche pour prendre ma défense.
« Monsieur a le droit de filmer ce qu’il veut dans l’espace publique, tant qu’il ne le publie pas, arrêtez de l’embêter et laissez-le faire ». Je ne sais pas quoi dire.
« Qui es-tu ? Vous vous connaissez ? Qu’est-ce que vous racontez ? Ça ne marche pas comme ça ! Vous n’avez pas le droit de filmer dans la rue à votre gré ! Pas en France ! Dit la dame toujours plus énervée.
J’interviens pour essayer de calmer les esprits.
— Madame, je vous assure n’avoir pas voulu vous filmer, je prends juste des images très larges en mouvement, je suis en train de tester du matériel ».
Puis, exploit de la dame.
« Et donc ? Je ne suis pas un outil de travail ! »
La dame et le jeune homme (que je ne connais pas mais qui dit travailler dans l’audiovisuel) commencent à argumenter avec véhémence l’un à ma faveur, l’autre contre, ils ne me laissent pas sortir un mot. Ils commencent à se crier dessus, ils s’insultent et ils s’en vont.
Je reste là où j’étais, figé, comme un gamin grondé, puis je rentre chez moi avec une grosse question :
Peut-on filmer dans la rue ou pas ?